Hubert Haddad : Opium Poppy
Alam, c’est ce prénom que va adopter un jeune afghan, sans famille, qui arrive à Paris et que récupère un centre d’accueil. Il a toute une histoire cet enfant, sans doute banale dans ces pays que torturent de longues guerres à répétition ; mais pour nous occidentaux qui baignons tellement dans notre confort, son histoire nous bouleverse et n’est pas sans nous forcer à réfléchir !
Qu’est-ce que ces soi-disant amis qui, au prétexte de vous inculquer la démocratie, tuent sans le moindre scrupule des tas de civils innocents ?
Qu’est-ce que ces soi-disant révolutionnaires qui pour des raisons diamétralement opposées assassinent d’autres civils qui auront réchappé aux premiers et qui seront accusés de collaboration avec l’ennemi ?
Qu’est-ce que ces humains qui ,entre les deux, prospèrent en se livrant au trafic de la drogue, quitte à pactiser avec les deux ennemis ?
C’est tout cela que raconte Hubert Haddad (encore lui, me direz-vous, comme s’il n’y avait pas d’autres auteurs !!! Si, bien sûr qu’il y en a, et en si grand nombre même que jamais, oh grand jamais, personne ne pourra en faire le tour !!! Mais voilà, je revendique mon appartenance à l’espèce humaine, et avoir le droit à mes faiblesses, et quand un auteur m’a séduit, j’aime bien vérifier par un autre livre qu’il me plaît tout autant ! Aussi, n’avais-je qu’une hâte, poursuivre ma découverte d’Hubert Haddad : sa venue dans une ville proche, et la possibilité de me faire dédicacer son dernier roman, a fait le reste !)
Par une série de retours en arrière on devine peu à peu tout le parcours de cet Alam, coincé entre les trois protagonistes de cette guerre sans fin que connaît l’Afghanistan. Structure raffinée qui oblige à une attention soutenue, sous peine de s’égarer dans cette chronologie réinventée, et surtout de perdre le charme de cette ossature.
Sujet à sensation s’il en est, et on imagine très bien comment certaine presse aurait pu en rendre compte ; heureusement Hubert Haddad est tout sauf un auteur qui pratique le mélo à bon compte. Il y a, dans sa façon de raconter la succession de drames que vit Alam, une réserve, une pudeur étonnantes ; il ne s’entoure d’aucun superflu, l’évènement est donné dans toute sa brutalité, mais sans la moindre complaisance ; on est ému parce qu’on sent notre héros lui-même pris dans un engrenage qui lui échappe totalement, et qui bouleverse d’autant plus qu’il est inhumain et entièrement indigne des êtres qu’on appelle hommes.
Etrange, froideur distante, ou compassion extrême avec son héros (qui a refermé en lui tout son passé) on ne saurait le dire exactement ; en tout cas, ce qui est certain, c’est que dans nombre de passages, l’auteur nous envoie en pleine figure une immense et chaude bouffée pleine d’humanité, de sentiments qui ne peuvent que nous parler ! Alam et cette petite fille, un véritable rayon de soleil que défigureront d’infâmes jeunes gens, reproduisant l’extrême machisme de la société ambiante. Ou encore cette jeune fille rebelle (comment pourrait-il en être autrement) qu’il va rencontrer dans ce centre d’accueil français. Ou encore ces pages, d’une stupéfiante trouvaille, où un militaire en retraite va l’accueillir l’espace d’une nuit.
Et là on nage en pleine symbolique : la suprématie de la raison sur le belliqueux, sur la force armée. C’est sans doute aussi tout le sens de l’histoire de la vie d’Alam ; même s’il est contraint au pire, tuer son frère, dans chaque évènement, s’impose à lui l’acte humain par excellence, celui qui place l’homme au-dessus des bêtes : trouver le moyen de maîtriser toute situation. La guerre, l’intransigeance de pseudos révolutionnaires devant être à la fois niées et dépassées, quel avenir pour tous ces enfants tels Alam ne connaissent en tout et pour tout de la vie qu’exactions, malheurs, et qui ignorent tout de la joie, du bonheur fût-il le plus simple ?
Comment rester insensible à de telles interrogations ?
Qu’on est loin de ces revues et autres publications de quatre sous où l’on tente de nous apitoyer sur les malheurs de vedettes et autres insignifiants membres de la communauté people !!!
Oui, faites-vous ce plaisir, offrez-vous ou offrez ce roman, petit en nombre de pages mais si grand par tout ce qu’il nous dit !
PS Editions Zulma, 2011, 171 p. (je n’ai pas le prix, puisqu’on m’a offert ce roman !!!)
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