Andrea Camilleri : Un filet de fumée (Un filo di fumo)
Petit roman, certes par sa brièveté, mais passionnant à tous les niveaux.
L’histoire proprement dite : quoi de plus simple !
Barbabianca, important producteur et exportateur de souffre sicilien, doit assurer une très grosse livraison, mais voilà, ses réserves sont vides … et le bateau russe doit arriver dans la journée !
Alors c’est la lutte contre la montre pour trouver auprès de ses confrères ce précieux chargement ! Mais que nenni, ses confrères se refusent à lui apporter leur aide : ils sont trop heureux de cette aubaine qui leur permet de se venger de toutes les malversations et autres avanies que leur a fait subir ledit Barbabianca.
Au moment où le sort semble en être jeté et la ruine de la maison Barbabianca inéluctable, arrive l’imprévisible retournement : le navire, proche du port, fait naufrage.
Comme dans chaque récit de Camilleri, la construction et l’organisation de l’histoire elle-même, est particulièrement soignée : un sens inné du suspens, c’est évident, et l’art suprême de forcer le lecteur avide de connaître la suite et la fin de l’histoire, à passer par toutes les étapes que lui, l’auteur, a décidé de lui imposer.
Et encore une fois, Andrea Camilleri nous plonge avec délices dans les méandres de la société sicilienne ; il a même l’art de se moquer indirectement de notre naïveté (et c’est tout le sens de la présence d’un ingénieur … piémontais qui découvre les mystères des relations qui unissent les Siciliens entre eux !) ; société faite de semblants et faux semblants, d’entregents et de coups bas, presque toujours avec le sourire, cet art de prêcher le faux pour avoir le vrai, cette apparente bonhommie qui, en fait, cache une impitoyable lutte pour la vie et le pouvoir.
A vous donner envie de découvrir cette Sicile, cette terre chérie des dieux et de plus de quarante groupes ethniques ! Et si vous la connaissez, alors ce Camilleri là ne peut que vous renforcer dans cet amour que vous ne pouvez pas ne pas avoir pour ce qui fut cette Grande Grèce et qui demeure encore et pour toujours aussi mystérieuse pour nos mesquines personnes continentales.
Il faut aussi remercier l’éditeur italien d’avoir placé en fin de livre un glossaire sicilien, ce qui facilite énormément la lecture de ce petit roman (d’autant que l’apprentissage tant scolaire qu’universitaire de l’Italien néglige –et c’est un euphémisme ! – un particularisme linguistique aussi important que le Sicilien !). On se régalera alors de tous ces mots qui chantent encore plus que ceux Italien (mais oui, c’est possible) : un seul exemple, « Caruso » qui signifie « enfant », la lecture en Français le rend complètement atone, amorphe, quelconque, alors qu’il ne vous aura pas échappé, lorsque vous lisez ce roman en italien, que ce mot sonne tellement « Caruso » cet ancêtre de Pavarotti ! Et que dire de ces proverbes qui émaillent le récit comme
Cu nasci tunnu non puo muriri quatratu (celui qui nait rond ne peut mourir carré !)
Mais rassurez-vous il existe aussi une traduction française, qui, comme toutes celles consacrées aux ouvrages d’Andrea camilleri, doit être excellente !
PS . Texte italien : Editions Sellerio, (Palerme) 2006, 139 p. 8€
. Texte français : Editions Fayard, 2002, 162 p. 15€
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