Habemus Papam (1)
Quel film !
J’avais une quelconque appréhension en allant le voir, autant par les critiques très favorables que j’avais lues, que par certains avis plus nuancés d’amis très chers.
Et si l’on tient compte de notre passé soumis, qu’on le veuille ou non, à la très forte influence des religions monothéistes et de la catholique tout particulièrement, je ne pouvais qu’être dubitatif sur le ton critique annoncé de ce film.
Eh bien malgré tout cela, je dois avouer que j’ai été totalement séduit par ce film.
Ah sacré Nanni Moretti !
Il a su reproduire exactement l’ambiance que j’ai toujours imaginée, en visitant la Chapelle Sixtine, de ces conclaves qui n’en finissaient pas d’élire un pape ; très drôle, ces cardinaux qui se prennent la tête devant un devoir ardu à réaliser, ils sont tellement bien assimilés à ces élèves remplis de l’angoisse de la page blanche ; le coup du stylo qui martèle les pupitres est remarquable.
Et tout le film sera plein de trouvailles : les cardinaux assistant à la première séance de psychanalyse du nouveau pape ; les mêmes cardinaux, se mettant à danser sur une chanson à la mode, qui parvient, à un très haut niveau de puissance, des appartements du pape. Les mêmes cardinaux disputant un invraisemblable tournoi de volley-ball, avec spécialement tous les effets qui sont tirés du ralenti des images ! sans oublier cette scène qui mérite d’être retenue dans toutes les anthologies : des religieuses et cardinaux investissant une salle de théâtre où l’on donne la « Mouette » de Tchékhov, … mais ce n’est pas pour l’auteur russe qu’ils sont là, mais bien pour venir chercher leur pape …
Car on l’aura compris d’emblée, le drame c’est ce pauvre cardinal qui vient d’être élu pape, mais dont la charge lui semble impossible à assumer ; il en fallait du coffre pour jouer un tel rôle, et alors, chapeau bas, à Michel Piccoli ! Il est époustouflant de vérité, jusque dans le moindre détail (il faut le voir, simple fidèle parmi les anonymes fidèles, dans une église de Rome, écoutant le sermon convaincu d’un jeune curé !), et jusque dans son italien, oh certes parfait, mais prononcé comme un étranger (vous avez entendu parler italien Benoit XVI ?), et tellement vrai en même temps.
Mais où Michel Piccoli joue à la perfection, c’est bien dans cette crise profonde que traverse l’homme face au destin qui lui est confié. La révolte d’avoir été choisi (la force de son cri au moment où il devrait se présenter au balcon du Vatican !) l’impossible résignation lorsqu’il revient prier dans la Chapelle Sixtine, et en même temps la redécouverte de ce monde simple auquel il rêve de retourner ; c’est cet itinéraire, qu’on pourra trouver peut-être un peu long, dans la Rome d’aujourd’hui, avec cette scène quasi surréaliste où il improvise le discours qu’il aurait du tenir et qu’il ne tiendra évidemment pas.
Ce n’est pas très ecclésiastique ni conforme à la doctrine de l’Eglise, mais qu’importe, la critique est là : quand le droit canon affirme que l’homme doit se soumettre à la volonté divine, Michel Piccoli affirme que l’homme doit avoir le libre arbitre de choisir s’il en est ou non digne. A une religion rigide et dogmatique (combien significative à cet égard est l’attitude du responsable civil du Vatican qui gère la situation !) Nanni Moretti oppose une conception humaniste qui nous rendrait la religion presque sympathique.
Mais heureusement dans ce conflit d’idées, il y a, intransigeant, mais non sectaire, le psychiatre appelé –et c’est très très drôle – à la rescousse par les autorités vaticanes qui ne savent comment se dépêtrer de ce pape qui ne veut pas l’être ! Et qu’on ne s’y trompe pas, derrière l’épisode où le psychaitre - Nanni Moretti - vante les passages de la Bible, ou encore derrière toute la scène de ce tournoi de volley-ball qu’il organise, il y a toute une conception qui tente de démonter les mécanismes d’oppression de tout pouvoir, y compris – et surtout - celui religieux.
Il y aurait encore tellement d’autres choses à dire sur ce film, en particulier tous ces petits clins d’œil, oh, ils ne sont pas grand-chose, mais ils nous plongent tellement et si justement dans l’atmosphère italienne et romaine ! Comme par exemple, la scène dans le café, ou encore celle dans la voiture de la femme du psychiatre !
Assurément, nous sommes en présence d’un très grand film, renforcé par des décors d’une extraordinaire vérité : il ne serait pas dit dans le générique de fin que la façade de Saint Pierre a été reconstituée en studio à Cinecittà, on se croirait réellement Place Saint Pierre.
La seule petite chose qui m’a gêné, la musique ne me semble pas à la hauteur du film : elle est trop impersonnelle, trop fade, ne mettant pas assez en lumière la problématique du film. Par contre lorsque la bande son, en presque fin de film, nous donne l’extraordinaire Miserere d’Arvö Part, on atteint un summum … malheureusement trop vite estompé par la musique du générique de fin.
Ceci dit, ne laissez pas passer cette occasion et de vous divertir et aussi de réfléchir ; quand les deux sont aussi intimement liés, il faut saisir l’opportunité !
(1) Habemus papam : après la mort d’un pape, les cardinaux réunis en conclave élisent un nouveau pape ; et lorsque celui-ci est désigné, une fumée blanche qui sort du Vatican le fait savoir ; quelques instants après, le doyen des cardinaux annonce d’une fenêtre centrale du Vatican, la bonne nouvelle « Habemus Papam » (Nous avons un pape !).
PS Pour mes lecteurs rennais, « Habemus papam » passe encore une fois à Cinéville, le Mardi 17 janvier à 20h15 et ce dans le cadre du douzième festival du cinéma italien, « Filmissimo »
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