« Heureux qui comme Ulysse … »
Nous avons tous appris ces vers de Du Bellay, et il nous en reste toujours une petite nostalgique réminiscence lorsque nous avons laissé derrière nous une notre mère patrie …
Vous dire que je suis revenu de Rome allègrement serait un de ces pieux mensonges que seules certaines autorités ecclésiastiques peuvent se permettre ! Et chaque fois la même chose, une partie de mon cœur qui reste dans ces monuments, rues et autres hauts lieux.
Il y a une semaine l’avion me déposait sous le sale temps à Rome. Mais dès le lendemain, un certain soleil m’accompagnait dans une de ces promenades que seule Rome est capable de m’offrir.
Les Thermes de Caracalla ! Il fallait être complètement fou pour envisager une telle construction qui monopolisa pendant près de 5 ans plus de 9.000 travailleurs ; le cynisme des citoyens, patriciens et autres empereurs romains vaut bien celui des dirigeants (politiques, financiers et autres bourgeois) de nos jours : tu as l’argent, le pouvoir, alors tu fonces, mais sous l’empire romain, tu créais quelque chose qui avait de la « gueule » pour parler vulgairement, alors que de nos jours tu amasses un paquet de liasses de billets qui t’étoufferont dans ton cercueil !
Alors, ne boudez pas votre plaisir et vagabondez en toute innocence et bonne conscience politique dans ces Thermes ; entre la piscine, le tepidarium, le frigidarium, caldarium et autre salle de sports, laissez votre imagination délirer ; l’espace vous est délimité, mais à l’intérieur ? Tout vous est permis et pour peu que vous accrochiez aux quelques restes de mosaïque que vous offre le site, alors vous ne saurez plus où donner de la tête.
J’aime cet espace pour tout ce qu’il m’autorise dans sa fantaisie : les interdits et tabous ne prennent consistance qu’à partir des limites matérielles que délimitent ces très hautes et puissances murailles.
Car Rome c’est aussi et surtout tout cela : cette extraordinaire possibilité de naviguer en quelques kilomètres dans toute l’histoire ; les ambulances ou voitures de carabinieri, ou encore, les avions dans le ciel auront beau tenter de vous rappeler que vous êtes au 21e siècle, il n’empêche qu’une fois rentré dans ces Thermes, la latinité l’emportera et vous deviendrez l’un de ces milliers et anonymes citoyens qui se plaisaient à donner rendez-vous à des amis, ou à fréquenter, sans trop de fatigue, un quelconque gymnase, ou encore, pour peu que vous ayez la fibre éloquente, un de ces ateliers de rhétorique qui agrémentait ces espaces.
Que de rêves ne fait-on pas dans ces lieux magiques ?
Tous peuplés bien évidemment de ces créations étonnantes que d’infatigables découvreurs, archéologues et fouilleurs hors temps, ont réussi à exhumer de ce qui n’était qu’apparence de terre.
Certes, elles ne sont plus là pour agrémenter les murs, ces peintures, mosaïques et autres décorations. Notre caprice de conservateurs (faut-il le blâmer ?) les a sauvegardées dans de magnifiques écrins, un de ces palais qui, à la fin du 19e siècle, s’est plu à imiter l’art baroque : faites donc un détour par le « Palazzo Massimo » ! Il y a une dizaine d’années, je l’aurais ignoré, mais ne voilà-t-il pas qu’entre-temps les autorités culturelles romaines ont décidé d’y transférer une part importante de ce qu’elles avaient entreposé dans les Thermes de Dioclétien tout proches !
Dieu, comme elles mesurent chichement notre temps les clepsydres ! et comme il faudrait pouvoir arrêter le cours inexorable du temps, car s’il y a un musée où il faudrait s’éterniser, c’est bien celui-là ! Tout ce que l’antiquité peut nous offrir d’émerveillement est là : de Niobé au discobole, ou de la louve romaine aux indéfinissables peintures de la maison de Livie ! Etonnant, autant la foule envahit insupportablement le Palatin, Forum ou Colysée, autant elle laisse à l’amoureux de l’antiquité, toute place au Palazzo Massimo. Alors profitez-en, nombreux sont sièges et autres poufs qui vous permettent d’apprécier ce que d’authentiques artistes, quelques nombreux siècles auparavant, ont réussi à créer. Je n’avais que quatre jours pour me replonger dans cette Rome que je vénère par-dessus tout, eh bien il m’a fallu y retourner à deux reprises … et si j’avais eu le temps…
Mais dès le lendemain, mes chers ancêtres me rappelaient à eux ! M’était-il possible de ne pas revisiter le Palatin ou le Forum ? j’ai beau avoir parcouru ces lieux dans tous les sens, et dans toutes les circonstances, il n’empêche qu’ils exercent sur moi toujours la même fascination… Oh, qu’on ne cherche surtout pas à vouloir en donner une raison scientifique, psychanalytique ou je ne sais quoi encore, je fermerais oreilles et toute attention, tant j’aurais peur que ne soit détruite à jamais cette relation qu’il y a entre moi et ces lieux. Oh je sais bien tout l’aspect aristocratique que peut avoir le Palatin, tout ce côté de privilégié, mais que resurgisse à ma mémoire cette légende de la naissance et enfance des héros fondateurs de Rome, que s’emparent de mon misérable corps du 21e siècle, les passionnées joutes oratoires qui du haut des rostres pouvaient enflammer les Romains : du « Delenda est Carthago » aux diatribes pugnaces d’un Cicéron, que revive en moi tout cet héritage méditerranéen sans lequel je ne saurais être…
Ah Rome !
Bien plus qu’une escapade, un retour aux sources …
si tu ne peux pas aller voir la chapelle Sistina, fais-toi cette visite virtuelle: fantastique
http://www.vatican.va/various/cappelle/sistina_vr/index.html
bonne visite
Erick
Rédigé par : Erick | 03 mars 2012 à 17:27