Skvorecky, Josef : une chouette saison
J’étais censé avoir lu déjà quelque chose de cet auteur, et pourtant, impossible de m’en souvenir ; et si cela n’avait été l’effet du hasard et surtout de la bonne idée d’un ami de me conseiller Skvorecky, je serais passé à côté d’un grand écrivain. L’ouvrage recommandé n’existant pas dans mes médiathèques préférées, je me suis reporté sur ce roman et je ne le regrette absolument pas !
L’histoire, banale, me direz-vous : Danny, l’adolescent, le presque adulte (a-t-il 18 ans ?) que le moindre jupon fait chavirer. Et que cela se passe dans la Tchécoslovaquie occupée par les Allemands, pourrait aussi relever de la facilité pour mieux allécher le potentiel lecteur. Je vous accorderais cette banalité et cette facilité si par derrière il n’y avait pas tant et tant …
D’abord une invention qui tourne par moments au délire : situations inimaginables, mais tellement vraisemblables ; le coup diabolique et faustien des sœurs jumelles qui se jouent avec une hilarité communicative de Danny ! ou encore l’épisode du même avec Irena sur un piton, sans oublier l’autre moment très fort de notre héros, toujours lui, avec une autre jeune fille dans un hôtel.
Ce qui frappe aussi dans cette série d’inventions c’est ce contraste toujours plein d’humour entre cette fatalité qui s’acharne contre le pauvre Danny qui n’arrive jamais à ses fins (ce qui lui permet d’interpeller Dieu, comme ces simples d’esprit qui demande toujours au Bon dieu ce qu’ils ont pu faire pour mériter une si chienne de vie !), et surtout toutes ces leçons pleins de bon sens que notre héros est forcé d’admettre ; en ce sens on se délecte, par exemple, du conflit entre un conseiller et Danny qui a le malheur de vouloir séduire ses deux filles coup sur coup ! Mais attention, il ne s’agit absolument pas de morale au sens où la bourgeoisie pourrait l’entendre : respect de certaines conventions rituelles et sociales, non bien de morale personnelle, où peu à peu notre Danny va prendre conscience de ce qu’il faut faire ou non pour conquérir la chérie de sa vie, d’abord qui doit l’être ?
Humour encore que toutes ces ruses ou préliminaires que Danny va mettre en œuvre pour parvenir à ses fins ; récits pleins de finesse de toutes ses manœuvres, et en même autodérision : à titre d’exemple, c’est toujours les mêmes visions qui déclenchent son stimulus amoureux, ah ! la jupe qui virevolte et qui laisse entrevoir ces frontières de la quasi impossible convoitise. Il nous force à en sourire malgré lui et ses désirs … et si par un quelconque enchantement, vous vous penchez sur votre propre passé votre sourire devient bien plus qu’un simple sourire !
On comprend alors ce qu’est ce fameux humour tchèque, qui provient en droite ligne de celui du brave soldat Chveik. Et Skvorecky nous en adresse une magistrale preuve avec un épisode central : la confrontation de ces jeunes adultes qui ont écrit un spectacle et la censure hitlérienne ; le récit plein de cocasserie, de roublardise nous montre à quel point l’intelligence l’emporte sur la force et la quelconque brutalité. Et on s’en régale … même si la réalité vient vous frapper dans toute son horreur : le père d’un ami de Danny, fusillé.
Skvorecky, écrivain tchèque dissident et réfugié après l’intervention russe de 1968n sait aussi faire le lien entre son récit et ce que son pays a pu connaître ; un petit bijou aussi que les déclarations exaltées d’un jeune « bolchévique » contre le régime hitlérien … déclarations qui sonnent comme le glas de deux idéologies, la nazie et le totalitarisme stalinien.
Un excellent roman qui vous donne envie de vous replonger dans cette littérature qui nous a tous marqués avec Milan Kundera, par exemple, mais pas seulement, dans les années 80 (nous avions la chance à Rennes d’avoir à l’université comme professeur ce Milan Kundera !) ; mais pas pour l’anecdote, pour se complaire dans une certaine nostalgie, non mais bien parce dans cette période troublée que nous vivons, la littérature peut nous offrir des moyens de résistance.
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