Comment ne pas être frappé par toutes ces images que tous les médias nous ont données de l’Italie endeuillée par un tremblement de terre dont les répliques continuent plus de dix jours après la première secousse ?
Comme il nous touche de près, et ce que vivent les italiens de l’Emilie-Romagne nous marque sans doute bien plus que ces autres séismes dont on s’est plus facilement habitué qu’ils sont loin, si loin et aussi dans des mondes tellement éloignés du nôtre.
Ce ne sont pas les églises éventrées, privées de leurs coupoles ou de leurs façades qui m’ont désolé en tant que symbole religieux ; non, mais pour tout ce qu’elles représentent d’œuvres artistiques, et témoignent de l’esprit créatif de l’humain. Quel immense désespoir alors face à ces chefs d’œuvre à jamais perdus : l’humain en a besoin comme de l’air qu’il respire, sans art une société est perdue, puisqu’il est la manifestation même de sa propre vitalité. Sans ces œuvres, une population va perdre aussi une partie de son histoire, de ces liens indéfectibles et indispensables qui la fondent.
Ce ne sont pas ces immeubles mis à bas, ou ces maisons qui se sont affaissées comme le plus fragile des châteaux de cartes qui m’ont bouleversé en tant que bien matériel ; et qu’est-ce qu’une valeur marchande ? tellement peu de chose en comparaison de ce dont ce même bien a pu témoigner : tous ces sentiments d’amour ou de chaleur humaine qu’ils ont pu accueillir, toute cette vie, avec tous ces espoirs, mais aussi ces chagrins et peines qu’ils ont pu héberger … et tout cela par terre, que cela doit être terrible pour les gens qui viennent de le subir !
Ce ne sont pas les usines ou entrepôts détruits qui m’ont affligé en tant que symboles économiques ; une économie détruite peut toujours se reconstruire ! les guerres, hélas, nous en fournissent les meilleures preuves ! Non, ce qui me choque dans ces images, c’est tout ce que ce monde économique représente pour ses acteurs : ce lien social indispensable qu’il est, celui qui soude aussi les catégories entre elles ; alors que pour tant et tant de personnes ce lien soit ainsi brisé, cela doit alors les fragiliser encore davantage.
Que de fois ai-je traversé cette région ou m’y suis-je arrêté ! Comment ne pas penser à ces amis de Ferrare dont le château a subi des dommages, comment ne pas penser à tous ces villages ou petites villes, Cavezzo, Mirandola, San Agostino … à leurs habitants dont l’hospitalité et la gentillesse n’ont d’égal que leur simplicité et leur ardeur à vivre du mieux possible ! Comment ne pas partager toutes ces angoisses, de ceux qui ont tout perdu et de ceux qui craignent encore, je pense aux Bolognais dont les deux tours symboles de rassurantes qu’elles étaient sont devenues une réelle menace !
Comment ne pas se sentir si proches d’eux : sans eux et tout ce que leurs ancêtres ont su faire et créer nous ne pourrions être ce que nous sommes ; et qu’ils soient atteints cruellement dans leur vie, nous atteint aussi profondément.
Et dire que déjà l’espèce humaine se révèle avec tout ce qu’elle a de plus méprisable : le voyeurisme absurde des gens qui osent venir photographier la désolation (non au tourisme photographique, hurlent les sinistrés) ; dire qu’il y a des voyous sans foi ni loi qui osent venir fouiller les ruines pour y dérober quelques rares objets indemnes ! Mais pire, le monde politique, Monti lui-même, on s’en méfie : d’autres ont tellement promis lors de catastrophe récentes, sans tenir le moindre engagement (Berlusconi et le séisme d’Aquila est encore si récent et tellement présent dans la mémoire collective !) Et le plus abject, sans doute, que des banques aient pu envisager un instant percevoir des commissions sur les subventions qui vont être accordées aux sinistrés, alors là …
PS Pour toutes les informations qui ont alimenté ces quelques réflexions, je me suis essentiellement servi de la La Repubblica (www.wrepubblica.it), que je remercie par avance !