Qui a peur des artistes ?
C’est ainsi que se présente l’exposition que consacre le Palais des Arts de Dinard à quelques œuvres de la « François Pinault Fondation ».
J’étais très curieux de découvrir ce qui a été annoncé comme l’un des évènements majeurs de la vie culturelle de Dinard, cet été ; d’autant plus curieux que j’avais été particulièrement déçu par les œuvres exposées au Palais Grassi (à Venise) en l’été 2007. Rappelons pour mémoire que M. Pinault est propriétaire de ce palais où il entrepose une très grande partie des œuvres qu’il acquiert, et rappelons aussi que le même Pinault (dont il faut croire que les affaires ne se portent pas trop mal !) vient de se rendre propriétaire des entrepôts de la Punta della Dogana (à Venise) ; ce qui a eu comme effet de me rendre furibard : comment un des joyaux mondiaux avait pu être livré aux mains (cupides ?) d’un grand ( ?) capitaine d’industrie ?
Alors pour revenir à Dinard, première grande surprise, au lieu des 12 euros que j’avais payés à Venise, je n’en ai payé que 4 et demi !
Eh bien, à dire vrai, c’est encore mille fois trop cher pour ce qu’il y a à voir !
Il y a quand même des limites à l’imposture artistique ; je suis prêt à accepter tous les concepts possibles et imaginables, mais encore faut-il qu’à la notion art s’ajoute celle d’artisan ; et encore faut-il aussi que la notion d’idée, de trouvaille soit accompagnée de la notion de travail, d’effort ! Et que l’on ne se cache pas derrière des mots pour nous faire avaler n’importe quoi ! A quoi cela rime de se déclarer minimaliste (oh le texte du dépliant est absolument remarquable !) si pour « nous projeter dans un imaginaire » l’artiste ne nous offre aucune piste pour nous guider dans cette quête de l’imaginaire : un exemple frappant est ce tableau intitulé « roche grise » où de relief dans ce gris monotone il n’y a que quelques traits de pinceau perceptibles, qui ressemblent bien plus à une maladresse de débutant (l’apprenti peintre en bâtiment qui passe pour la première fois une première couche de peinture) qu’à une maîtrise de l’art pictural.
Limites aussi à l’imposture idéologique ! Ah oui, on veut dénoncer la violence (celle de la guerre ou de fait de société), et on nous présente un film d’une minute trente mettant en scène une violence gratuite et insoutenable d’animaux s’entredéchirant ! Comme si il n’y avait pas assez d’artistes qui ont mis un réel talent au service de la non violence ou de la dénonciation de la violence (les mannes de Picasso et de Guernica ont du se retourner dans leurs tombes !!!)
Limites aussi à la provocation purement gratuite ! le vieux laïcard que je suis pouvait se réjouir de la « mise à mort » de tout l’obscurantisme religieux ! mais, pour ce faire, était-il nécessaire de nous montrer un Jean XXIII écrasé par un roc de lave ? Symbole ? ce n’est pas la personne qui nous intéressait dans notre critique de Jean XXIII mais bien toutes ces valeurs d’arrière garde qu’il préconisait ! Symbole donc ? on aurait bien aimé que cela en fut un, mais quand on lit le commentaire on est complètement abasourdi du décalage qui peut y avoir entre le texte et les œuvres présentées !
Alors une question : qu’est-ce qu’une Fondation ? c’est aussi le moyen, me semble-t-il, de payer moins d’impôts en devenant mécène ; mais attention mécène, est-ce à dire qu’on peut financer n’importe quoi, et il faudrait mieux que Pinault donne cet argent qu’il économise au ministère de la culture qui saurait l’utiliser au mieux pour le plus grand bien de l’art, y compris contemporain !
Et avec cela un livre d’or !
Pardon de me citer
« dans ce fatras de fumisterie (comme au palais Grassi en 2007) y aura-t-il un nom que la postérité mérite qu’elle le retienne ! »