Bienvenue chez les Chtis Pour une fois que j'allais au cinéma, il était normal que j'en rende compte sur eontos, sinon mes lecteurs pourraient se demander quel genre d'antédiluvien que je dois être, qui semble ignorer jusqu'à l'existence du 7e art ... Qu'ils soient rassurés, si je vais rarement au cinéma, c'est bien parce que mon temps est, comme pour tout le monde, mesuré trop chichement, et que comme pour tout art, il faut avoir le temps et être dans de bonnes disposition pour le déguster ! (premier débat, qui me semble très fatiguant de mener en ce début de matinée !) Par ailleurs je redoute énormément la fascination de l'image : je reste sans doute encore très enfantin, et quand je vois les ravages que l'image animée peut provoquer chez les jeunes enfants, alors ...(mais ceci est aussi un autre débat que je ne me sens pas non plus la force de mener à bien en ce début de matinée -bis-!) Alors pour en revenir aux "Chtis" Qu'est-ce que j'ai pu rire ! Eh oui, je le confesse ! j'en avais mal aux cotes et les larmes aux yeux tant mes zygomatiques avaient fonctionné ! Et il y a de quoi ! Ce film est d'un désopilant propre à soigner tous les neurasthéniques de la création ! Bien sûr par tous les clichés qu'il pourfend avec une étonnante drôlerie : la vision du Nord qu'ont les gens du Sud en prend plein les gencives, le froid, la pluie, les gens grincheux, bourrus, asociaux, des sauvages enfin, tout cela est balayé d'un revers d'une main de maître et avec un humour remarquable dont deux séquences, sans nul doute exagérées, en sont la meilleure illustration : le motard qui plaint notre héros du sud, et cette pluie diluvienne qui s'abat sitôt dépassé le panneau Nord-Pas de Calais. Exagérées ces scènes, oui assurément, car la satire ne saurait autrement passer ! il est par exemple difficilement croyable qu'un patron, y compris (ou surtout) d'une entreprise publique puisse avoir de telles relations avec ses subordonnés, il est tout aussi improbable qu'un directeur d'agence postale puisse avec un fourgon de la Poste faire 8 ou 900 kilomètres tout cela pour aller faire une déclaration d'amour à sa femme restée au "pays" et la convaincre de venir vivre avec lui dans cet "enfer du Nord". Mais qu'importent ces invraisemblances ou ces outrances, l'autre message passe, ou plutôt les autres messages (car ils sont multiples) passent alors à merveille : la société du Nord est comme toutes les autres sociétés, et elle comporte autant de gens chaleureux, pleins de vie et dignes d'être aimés qu'ailleurs. Ils ont les mêmes problèmes aussi, que ce soit sentimentaux, affectifs, amoureux ou de travail (quel délire que cette scène où le facteur et son patron font ensemble une tournée de distribution de courrier ... un véritable morceau d'anthologie !), et ils savent trouver aussi les mêmes solutions qu'ailleurs : même si transformée allégoriquement, cette scène de l'employée qui va défendre en un vibrant plaidoyer son copain facteur auprès du patron, n'évoque-t-elle pas la solidarité ouvrière et ce qui a justifié aussi la création du syndicalisme ? Un film, dont les puristes critiqueront ici ou là peut-être le côté trop populaire, ou dont les spécialistes du langage Chti émettront quelques réserves sur la prononciation chti de tel ou tel personnage, mais balayons tout cela, le profane que je suis étant bien incapable d'en juger. Et je préfère m'en tenir à quelques autres constatations, d'abord il s'agit d'un film tellement bien ficelé et soutenu que pas une seconde on ne s'ennuie ! Ensuite, outre les scènes déjà mentionnées il y a une telle atmosphère de tendresse et d'amour aussi qu'il est impossible d'y résister ... cette scène de déclaration d'amour en publique avec ce drap qui se déploie au sommet du beffroi (même si cela peut rappeler une certaine publicité d'autrefois!) qu'elle est belle ... et ces autres scènes avec le carillon quel régal pour l'oeil (les poignets frappant les touches !) et surtout pour l'oreille, envoûtante non ? Pour une fois que j'allais au cinéma ... la 3e ou 4e de l'année, cela en valait vraiment la peine !