Etrange ! Lorsqu’il était sorti en salle, il y a quelques années, j’avais beaucoup aimé ce film. Et l’autre soir, pour me changer de la menterie éhontée d’un Président-candidat tout autant éhonté, j’ai voulu revoir ce film que la télévision nous offrait, dans le cadre du centenaire du naufrage de ce grand paquebot.
Quelle désillusion ! Et pas seulement pour le simple fait que, diffusé sur le petit écran, il ne pouvait avoir l’effet de suggestion que donne la projection en salle et sur grand écran.
Non, désillusion pour deux grandes raisons.
La première est bien qu’on est en présence d’un film manichéen dont raffole le cinéma américain : une première partie euphorique, gentillette, avec des conflits de personnes, mais tout ce qu’il y a de plus normal (cela m’a étonnamment rappelé « The day after ») ; il faut vraiment chercher et faire très attention pour penser qu’il va y avoir un drame ; c’est juste le coup du directeur de la compagnie qui demande au capitaine d’augmenter la vitesse du bateau et peu après la dépêche annonçant la présence d’icebergs.
Manichéen aussi à l’intérieur de cette première partie les rapports de classe entre ce petit morveux de troisième classe qui prétend tomber amoureux de la jeune fille de la haute société. Certes, c’est sympathique et cela sent bon son romantique, surtout lorsqu’on sait ce jeune homme dessine parfaitement et serait en quelque sorte un artiste maudit, ignoré de son temps. Et pour faire bien évidemment un peu plus populaire, on sent les sympathies réelles et affichées du cinéaste pour ce Jack.
Bref une première partie qui m’a tellement ennuyé que je me suis absenté une bonne demi-heure, me demandant comment j’avais pu rester autrefois en salle pour le voir !
Quand je suis revenu, la seconde partie avait commencé, d’accord j’avais raté la scène mythique celle où notre héros et la belle Rose s’envoient au septième ciel dans cette voiture de luxe au fond de la cale du bateau ; certes j’avais aussi manqué l’autre scène où ce merveilleux bateau insubmersible heurte l’iceberg fatal ! j’ai donc assisté quand même à cette très longue partie qui pendant une heure et vingt minutes nous décrit le drame. Il y a un je ne sais quoi de morbide à vouloir ainsi détailler la fin de ce bateau et le comportement de tous les protagonistes, jusqu’au pathos où le fiancé de Rose veut la tuer elle et Jack.
Pour rendre la panique qui a du inévitablement se produire, et pour montrer les attitudes des responsables, jusqu’au capitaine qui va s’enfermer dans le poste de pilotage, ou encore cet officier, qui dans un acte de folie tue un passager pour rétablir l’ordre et tout de suite après se suicide, cela oui, il a su le faire le Cameron … mais pourquoi tant de complaisance à décrire cette fin atroce ? Nous le savons tous que plongés dans une eau glacée, on n’a que très peu de minute à vivre, mais alors pourquoi s’étaler sur ces moments ? Il aurait sûrement mieux rendu l’atmosphère de cette situation dramatique en étant beaucoup plus sobre.
Artificielle devient alors cette opposition entre les « riches » de la première classe qui, pour la plupart, s’en sortiront, et les « pauvres » de la troisième classe qui, pour la plupart périront. A s’y attarder ainsi on la réduit alors à la simple expression de la lutte pour la vie, réduisant à néant son aspect lutte de classes. Je m’en voudrais de douter un instant de la véracité de ce qui nous est raconté, et je pense même qu’il y a de très fortes chances que cela se soit passé ainsi, mais ce qui me gêne profondément c’est qu’à montrer avec tant d’impudeur cet évènement tragique, sa réalité et la perception qu’ont pu en avoir les principaux intéressés en soient complètement dénaturés.
Je ne sais plus quel critique disait à propos de l’œuvre d’art, que sa principale caractéristique était bien celle de passer à la postérité, et que le chef d’œuvre du 17e serait toujours reconnu comme un chef d’œuvre au 20e siècle ; eh bien, en dehors de sa valeur évènementielle relancée par le centenaire du naufrage, je ne pense pas que le Titanic de Cameron résistera à l’épreuve du temps.
Et comme disaient nos amis les latins « sic transit gloria mundi … »
PS A réfléchir un peu plus, il me semble que si j’ai été en fait si mal à l’aise devant cette diffusion, c’est tout simplement parce qu’elle ne peut que sonner totalement faux à partir du moment où l’on sait que tout a été réalisé en maquette ; et que donc, face à ce qu’on nous présente comme dramatique, on ne peut s’empêcher de considérer qu’il ne s’agit que d’un jeu. Et c’est sûrement à cause de cette nouvelle perception que ce film m’est alors paru mille fois trop long et surtout morbide.