Réflexe d’une société qui a peur ? Je m’interroge sur cet élan impressionnant de solidarité ou tout au moins de compassion qui a saisi le pays face à la tragédie qui est en train de secouer Toulouse après Montauban.
Il faut bien dire que les déclarations des plus hauts responsables politiques, à commencer par celles du président de la République n’incitent guère à rassurer. Quel sens cela a-t-il de dire à de jeunes enfants qu’ils auraient pu être à la place de ces autres enfants qui ont été tués ? Ces propos me font froid dans le dos par ce qu’ils sous-tendent : méfiez-vous des autres, de tous les autres, et faites-nous confiance pour arrêter l’assassin.
Quelle navrante et terrifiante façon de botter en touche !
Ce qui importe pour rendre impossible tout exemple de ce type, c’est de réussir à savoir comment un individu peut arriver à de tels comportements ?
Et là notre responsabilité collective est immense ! Toutes les pistes seront envisagées et explorées à fond, nous a-t-on assuré. Avec les militaires exécutés, on a émis alors l’hypothèse d’un attentat terroriste contre des militaires qui avaient été engagés en Afghanistan : pourquoi pas ? Quelle implacable logique, en effet, que des militaires qui, en Afghanistan, ont tué y compris des civils, et même comme victimes collatérales des enfants, le soient par vengeance de la part de militants talibans ou autres fanatiques religieux… Et comment avons-nous pu, un instant, croire un président qui lors d’une précédente campagne présidentielle avait affirmé qu’il n’enverrait pas de troupes en Afghanistan et qui a fait exactement le contraire quelques mois après ? et ne sommes-nous pas un peu responsables de n’avoir pas réagi en masse pour nous opposer à ce qui était un des premiers mensonges et l’une des premières trahisons du président sortant ? Le faire aurait été un acte résistant comparable – on commence à le rappeler enfin ! – à ces actes courageux de militaires et autres civils Français qui durant la guerre d’Algérie ont pris fait et cause pour le FLN et le peuple algérien. Et qui sait, le faire aurait pu empêcher à ce qu’un fanatique ne vienne commettre ces assassinats éhontés.
Dire tout cela, c’est aussi rappeler aux politiques que leur honneur autant que leur responsabilité c’est bien de ne pas mentir, et qu’il est infâmant autant pour eux que pour ceux à qui ils s’adressent, de ne pas avoir le courage de reconnaître qu’ils se sont lourdement trompés en mentant.
Mais abandonnons cette piste, et quelle que soient les autres hypothèses que nous puissions évoquer, nous nous heurtons toujours et encore à ce questionnement : comment un individu peut-il en arriver à de telles extrémités ? Une haine raciste ? Une vengeance sociale ? Les actes sont alors tellement disproportionnés qu’on a du mal à l’envisager : il est vrai qu’un être qui, pour raison de chômage, perd travail, logement et pour parachever le tout famille, femme et enfants, peut être complètement déboussolé, et en vouloir (et comme il aura raison !) tellement aux politiciens qui lui auront menti en lui assurant que, le chômage reculant de façon significative, il ne risquerait rien, ou encore en lui assurant que son pouvoir d’achat serait garanti… mais de là à commettre une telle tuerie il y a un fossé impossible à franchir.
Plus je réfléchis à ces images du président de la République s’adressant à des enfants, plus je me dis qu’il n’aurait pas dû y aller ; c’était sans nul doute renoncer à ce bénéfice mesquin que sa popularité aurait pu en tirer ; mais il n’était pas à sa place, et même pas symboliquement puis qu’il n’avait rien de sérieux, de politiquement responsable à dire.
Il fallait mieux laisser la place aux enseignants ; et j’ai de beaucoup préféré ce professeur qui, parlant de perte de raison, a pu et nécessairement dû amorcer une discussion où toutes les raisons possibles ont pu être évoquées, où l’élève a pu prendre conscience à quel point la société pouvait être aussi responsable, tout au moins en partie, des comportements de chacun, y compris des plus meurtriers, en situant toutes les responsabilités à tous les échelons, y compris politiques.
Je redoute que les propos hautement de propagande du président de la République non seulement ne facilitent pas ce travail d’explication en profondeur, mais, pire, créent exactement le contraire et provoquent une espèce de psychose chez nombre de nos concitoyens.
Je ne voudrais pas être à la place des policiers chargés de l’enquête ; ils doivent être pris entre deux inconciliables, satisfaire coûte que coûte les volontés des responsables politiques et réussir à démêler cet inextricable écheveau qui a amené à ces tragédies !
Mais en attendant …
PS On me pardonnera de pas avoir mentionné la douleur des familles, mais je refuse le pathos ambiant ; leur peine est trop grande, sans nul doute, pour qu’elle soit livrée en pâture sur la place publique.