Siddharth Dhanvant Shanghvi : Les derniers flamants de Bombay
Fait divers qui a défrayé la chronique en Inde, sans doute, mais tellement universel !
Karan, photographe tellement séduit par Bombay qu’il voudrait en saisir sur la pellicule toutes les caractéristiques et nuances, va faire la connaissance de Samar, pianiste qui a très rapidement abandonné toute carrière artistique. Mais dans le petit monde de Samar, il y a aussi cette étrange Zaira, vedette de seconde zone, excentrique, autour de laquelle tourne un inquiétant personnage, Malik ; ce dernier se croit tout permis, au prétexte qu’il est le fils d’un personnage politique important. Un soir, ne supportant plus d’être toujours éconduit par cette Zaira, Malik va commettre l’irréparable et l’assassiner.
Le roman qui flirtait constamment avec l’atmosphère de mauvais romans photos, va alors changer de nature ; l’on va assister à une description assez féroce de la société (mais pas forcément indienne !) ; le père qui va tout faire pour protéger son enfant, car, sauver Malik, c’est aussi sauvegarder sa carrière politique ! Il va donc corrompre juges, enquêteurs, témoins et faire en sorte que son fils ne soit pas reconnu coupable. Toutes ces manœuvres sont décrites avec un réalisme et un cynisme dans lequel se reconnaîtraient très facilement nos sociétés européennes (et je ne pense pas au seul Berlusconi !). Mais par-delà le cas précis, c’est toute l’omnipuissance et la morgue du monde politique qui est dénoncé avec force.
Satire aussi de cette société (on l’appelle dans un très mauvais anglicisme : la jet society !) où se complaisent ceux qui font la une de l’actualité ; ces artistes qui se voudraient uniques et qui ne sont que des sous-produits.
Parallèlement, il y a l’isolement de plus en plus grand de Samar, qui deviendra total quand on apprendra que, homosexuel, il vit avec un jeune californien ; et le seul qui lui restera totalement fidèle, ce sera Karan qui va lui sacrifier toute sa carrière photographique. Il y a là un éloge assez peu commun de cette amitié indéfectible, et à l’épreuve de toutes les avanies possibles, qui peut unir deux êtres humains. Cette amitié entre deux hommes sera aussi le pendant de celle que peuvent vivre un homme et une femme et qu’on a dès le début de cette histoire entre Zaira et Karan.
Autre éloge dont la marque s’éloigne des romans photos de bas étage : cet amour réel entre Karan et Rhéa, cette grande bourgeoise qui va lui faire découvrir le Bombay caché ; amour passionné dont les différentes péripéties (en particulier celles avec le mari de Rhéa !) nous font découvrir toujours plus les différentes voies (souvent très impénétrables !) du cœur.
Très bien mené, ce roman sait amener les temps forts : exemplaire, à cet égard, la fin du roman, et cette progression de l’orage ; le drame arrive, on le devine, on le pressent, il est inéluctable, même si l’auteur feint le contraire, dans une fausse désinvolture.
Alors si vous ne savez pas quoi lire cet été, vous trouverez dans ce roman bien plus que meubler vos rares instants de solitude !