Khiyavi, Hafez : Une cerise pour couper le jeûne
L’Iran ! Etrange cette fascination qui semble émaner de cette région, cette antique Perse !
Envie de connaître toujours un peu plus ses poètes ceux qui, autour de notre premier millénaire, faisaient l’éloge du vin et de l’amour, tellement en opposition avec l’intégrisme islamiste qui semble y régner en maître actuellement.
Envie de connaître toujours un peu plus ses hommes et ses femmes qui portent en eux toute cette histoire qui nous a aussi forgés ; connaître, oh éternelle illusion, tout ce chemin que nous avons pu parcourir pour devenir ce que nous sommes tout bêtement maintenant !
C’est dire alors cette émotion qui m’étreint chaque fois que je prends en main un ouvrage d’un romancier iranien ; y découvrirai-je enfin ces impossibles clés ?
J’ai d’emblée aimé, ce titre prometteur : « Une cerise pour couper le jeûne » ; je ne sais pourquoi, mais il y avait tant et tant d’impertinence, tant et tant de modernité face aux rites d’éternels adolescents en mal d’adultes que proposent toutes les religions, à commencer par ce ramadan, archaïsme aussi ridicule que le carême intégral des catholiques (ah ces vendredi saints de mon enfance, où l’on faisait totalement jeûne, et où je me faisais un très malin plaisir d’aller, à l’insu de mes parents bien sûr, m’empiffrer de délicieux gâteaux à la pâtisserie tunisienne proche !!!)
Mais hélas, comme j’ai dû déchanter rapidement, ce que j’ai cru naïvement, être une tentative de libération de l’emprise religieuse, n’est en fait qu’un plaidoyer d’un jeune enfant en faveur de la religion … comme il est facile de faire croire à un enfant, pourvu qu’on ait un savoir faire, n’importe quelle fable …
Dommage !
Je pensais, pour ne pas avoir lu la quatrième de couverture, avoir entamé un roman, alors qu’en fait il s’agit d’un recueil de nouvelles !
La plupart sont fortement inspirées de la religion, ou tout au moins d’un esprit religieux évident ; et là encore deux façons d’aborder ce type de nouvelles, soit d’une façon radicale, à la limite d’un sectarisme quelque peu désuet, ou au contraire en essayant de comprendre comment le fait religieux peut être encore vécu actuellement à travers quelques situations ordinaires et banalement quotidiennes, l’art de jurer ou l’enterrement par exemple.
Patience, en tout cas, je me laisse tout à coup prendre à ce jeu subtil d’une réalité différente totalement de la mienne ; et deux nouvelles coup sur coup me donnent une toute autre vision de cet écrivain : ce n’est plus le prêcheur qui parle, mais seulement l’homme confronté à l’absurdité des règles humaines.
Ce tueur solitaire qui, engagé dans l’armée, va « se faire » l’ennemi ; nouvelle suivie de cet homme enlevé pour une raison qu’il ignore et qui va être assassiné sans savoir pourquoi. Ces deux nouvelles sont deux modèles du genre, tant dans leur fond que dans leur forme ! Vie non linéaire, les deux protagonistes ont le temps de réfléchir, de repenser à quelques évènements marquants de leur vie ; leurs inquiétudes comme leurs réflexions sont profondément humaines, faites de sentiments contradictoires, pitié et mépris, amour et haine ; interrogations jamais résolues sur la nature même de l’homme, sur son devenir… et étonnamment, ils se retrouvent en contradiction avec les autres héros des autres nouvelles dont les certitudes religieuses gommaient toutes ces inquiétudes.
Oui, étonnant cet Hafez Khijavi que ces différentes facettes rendent encore plus insaisissable ; il peut tout autant rebuter que séduire …
Editions Serge Safran 2012, 182 p., 17€