Jacques-Pierre Amette : Liaison romaine.
Un journaliste est envoyé à Rome pour faire un reportage sur les funérailles de Jean-Paul II et l’atmosphère qui règne dans la Ville. Constance, son amie, le rejoint. Mais rien ne se passe comme prévu : Constance le quitte pour un autre homme, et son reportage est refusé par la rédaction du journal.
Petit roman qui sait essaimer çà et là quelques réflexions, sans doute ordinaires, mais de celles qui agitent tout un chacun. A commencer par cette interrogation : que sait-on de l’autre, de celui (ou celle) qui fait un bout de chemin avec nous ? Angoisse qui pourrait amener au pathos, mais néanmoins réelle : qui est cette Constance qui cache si bien sa jeunesse, ses parents ?
Malgré quelques retours en arrière, souvenirs de Bretagne (merci !) le narrateur ignore tout d’elle ! Les mystères de l’amour aussi sont là avec tout ce qu’ils peuvent avoir d’irrationnel. Et en ce domaine aussi l’auteur sait nous captiver et nous entraîner dans les méandres des pensées et de l’affect de son héros.
De construction très classique, ce roman ne nous surprendra pas dans son déroulement ; je n’irai pas jusqu’à dire que ses deux grandes conclusions sont inscrites dès les premières pages, non ; mais on les devine très rapidement : le mal qu’il a à écrire ce reportage laisse augurer du sort qui lui sera fait ; et de même, ces zones de silence, de faux fuyant dont se pare Constance sont autant d’indications sur ce qu’elle vit et qui va l’amener à quitter le pauvre journaliste. J’aurais préféré plus de suspens, plus d’imprévu. Heureusement, il y a aussi ces quelques rares mais très judicieuses observations du peuple romain catholique et bigot ou au contraire tombé dans un virulent anticléricalisme, toute chose qui échappe au touriste lambda qui se contente de passer trois jours en tout et pour tout à Rome ! (et encore je ne parle pas des Japonais, pour qui deux jours est un grand maximum !!!)
Mais beaucoup de regrets dans ce roman et en particulier la façon dont Rome, personnage non négligeable, est traitée. Je ne m’y retrouve absolument pas ; certes les lieux y sont, mais ce qu’ils représentent, ce qu’ils sont pour la vie populaire romaine, non ! A quoi bon, par exemple, parler du Pincio, ce jardin qui au Nord Est (en gros !) de Rome, domine la capitale, et est surtout en fin d’après-midi une des promenades favorites de tous les romains : s’y déroule alors une vie dans une atmosphère toute particulière qui méritait d’y être développée, surtout dans le cadre d’un roman où l’amour tient une grande place. A quoi bon parler de La Trinité des Monts si c’est pour oublier le fameux escalier de la Place d’Espagne qui y mène, et sur lequel nombre de jeunes romains (il n’y a pas que des touristes à Rome !) offrent le grouillement et la vitalité de la jeunesse.
Etrange, comme si Rome n’était vu que par l’intermédiaire d’un plan déplié sur une table à cartes !!! Alors que manifestement l’auteur a une connaissance réelle de Rome, sinon aurait-il pu parler des palais des alentours de Piazza Argentina et de leurs éclairages intérieurs ?
Je me souviens que son roman « La maîtresse de Brecht » qui lui avait fait décerner le prix Goncourt en 2003, m’avait intrigué et laissé aussi sur ma faim ; décidément, Jacques-Pierre Amette continue de m’intriguer et de me procurer des sentiments très mélangés … qui sait si son prochain roman ne va pas m’enthousiasmer ? C’est tout le mal que je lui souhaite et que je m’espère.
PS Edition Albin Michel, 2012, 149p., 15€