Neil Bissondath : Cartes postales de l’enfer
Les débuts de Car comme décorateur d’intérieur, sa passion pour son métier est telle qu’il va sacrifier une grande aventure amoureuse avec Caroline. Sumintra est une très belle jeune indienne, et ne rêve que d’une seule chose satisfaire son besoin affectif et sensuel qu’une de ses amies lui a fait découvrir. Et elle rencontre un certain Alec (en fait c’est Car), et ils vivent une grande passion qui ne peut que finir en tragédie (sinon le titre ne se justifierait !)
Le titre précisément ! Alléchant, on s’imagine déjà dans un monde futuriste ou surréaliste, où l’imagination débridée d’un auteur (inconnu, mais sans nul doute génial) nous ferait découvrir un monde où un Jérome Bosch ne ferait que pâle figure en comparaison !
Mais que nenni !
On n’a affaire qu’à un traditionnel roman sentimental, où l’amour se heurte à deux grandes difficultés : son incompatibilité avec la passion du travail et la réussite sociale qui peut en découler ; et aussi le poids de la famille traditionnelle (c’est le cas de Sumintra) qui prétend encore que c’est à la famille de décider qui la jeune fille doit aimer et épouser !
Ce cadre posé, et forcément bien décevant face à toutes les projections qu’un instant, et aussi le temps des premières pages, le lecteur avait échafaudées, reste ce roman !
Les personnages sont bien campés, on rentre parfaitement dans la peau de ce jeune dont la seule ambition est de réussir dans ce métier qu’il a choisi ; il réussit à vaincre les réticences familiales, à se forger une image qui n’est pas la sienne (préjugé du style, tous les décorateurs d’intérieur sont gay !!!), à rompre avec une relation quand elle met en péril cette activité qu’il a eu tant de mal à monter.
La jeune Sumintra, quant à elle ; on pénètre ses états d’âme et ses besoins physiques comme si on était son alter ego ; ses exigences et cette passion qu’elle voue à Alec, au point de s’opposer à la tradition familiale, sont aussi les nôtres … et on en arrive même à se surprendre vouloir désirer que cette aventure se termine pour le mieux dans le meilleur des mondes …
L’intrigue est bien menée, avec aussi de temps en temps, des remarques pertinentes, voire un certain humour qui rend un peu plus savoureux le récit. Mais ne cherchez quand même pas une construction élaborée, l’auteur choisit la trame historique de l’aventure humaine de deux êtres ; pourquoi se compliquer quand on peut faire tout ce qu’il y a de plus simple … et tant pis si le lecteur reste sur sa faim !
Mais voilà il y a le drame qui arrive, nous rappelant le titre !
Etrangement on ne peut s’empêcher d’imaginer quelques instants la force et la dimension qu’aurait pris ce roman, s’il avait commencé avec cette fin et si l’auteur plongeant alors dans l’enfer entrevu en avait exploré pour nous toutes les pistes que le titre promettait …
Hélas ! Et ce qui aurait pu être un chef d’œuvre impérissable n’est, ne restera qu’ simple et très banal roman d’amour, parmi tant de millions d’autres.