Que ces mots sont terribles « La France est en guerre », quand ils sont prononcés par un président de la République !
Les faits ne l’avaient pas moins été non plus ; et d’apprendre que les aviateurs français ont bombardé des bases jihadistes au nord Mali, que nos troupes ont débarqué à Bamako, pour protéger les résidents français, cela crée un choc.
J’entends bien toutes les raisons invoquées, et je les partage : on est en présence d’un groupe religieux qui, au nom d’Allah, pratique les pires atrocités en voulant imposer une loi qui soumettrait tous les hommes à la volonté d’un dieu qu’ils seraient les seuls à connaître. On a connu déjà cet horrible refrain, lorsqu’au Moyen-Age et à la Renaissance, l’Eglise avait armé un bras, l’Inquisition, pour punir de mort tous ceux qui oseraient défier les doctrines de l’Eglise
Mais l’Inquisition a fait son temps, et elle est morte de sa belle mort, une fois que tous les apports de la Renaissance ont porté leurs fruits. Je sais bien qu’il y a encore des mouvements intégristes dont l’intransigeance encore toute théorique ne souhaiterait qu’une chose remettre en usage quelques pratiques inquisitoriales …
Donc pour moi Jihad et Inquisition c’est du même tonneau.
Et le premier m’inquiète autant que m’aurait angoissé et inquiété le second, car nul doute que j’aurais eu à en subir toutes les foudres !
Alors faut-il intervenir pour autant au Mali ? Et je fais partie de ces nombreux Français qui pensent qu’avant toute décision, le Président de la République aurait dû procéder à un débat à l’Assemblée nationale, où le peuple, par l’intermédiaire de ses représentants, aurait pu alimenter la réflexion. L’urgence réelle, et la demande de secours adressée à la France par les autorités maliennes l’imposait.
Surgit la première interrogation que soulève cette demande d’aide : nous, nations européennes, avons été capables pendant des décennies d’exploiter des peuples, de piller leurs richesses, de les dépouiller de leurs traditions, mais avons été incapables, une fois qu’ils ont conquis leur indépendance, de faire en sorte qu’ils puissent prendre en main leur propre défense ? On a donc procédé avec eux de la même façon que procède Monsanto au Mexique, en Argentine, etc … avec les agriculteurs : on estime que vous n’êtes pas capables de subvenir à vos besoins, donc on vous force à abandonner vos cultures vivrières traditionnelles, pour cultiver maïs et soja pleins de pesticides et autres OGM ; la première année vous gagnerez quelques rares sous, créant l’illusion de vous en sortir, mais après ? c’est une misère d’autant plus grande que vous n’avez même plus vos cultures traditionnelles pour pouvoir manger et donc survivre !
C’est ce qu’on a fait avec les anciennes colonies africaines : d’accord vous prenez votre indépendance, et puis débrouillez-vous, si vous avez besoin de secours militaire, alors on signe des traités d’alliance, et c’est l’ancienne puissance colonisatrice qui va venir vous sauver.
C’est grave comme position, et on en voit bien avec la situation pathétique du Mali où elle peut aboutir : à être encore plus que jamais, et qu’autrefois, dépendant d’une nation tutélaire. Mais n’y avait-il que les armes à opposer au Jihad ? Certes maintenant, dans l’état très profond de crise où est plongé le Mali, c’est sans nul doute le dernier recours, mais avant … le Jihad n’est pas né du Saint Esprit (1) : il ne s’agit pas de refaire le monde, mais si les anciennes puissances colonisatrices avaient réellement voulu l’autonomie de ces pays, alors elles leur auraient donné les moyens intellectuels et économiques de lutte contre cet invraisemblable retour en arrière que constitue le jihad … à la place on a soutenu des dictateurs aux tout petits pieds, qui ont continué les politiques d’exploitation, qui ont continué de brader les richesses nationales, qui se sont outrageusement enrichis et pratiqué avec une impudeur éhontée la corruption, et tout cela au détriment d’une politique éducative, culturelle et réellement citoyenne.
Cette première constatation faite, reste posée pleine et entière la question cruciale du « Que faire » actuellement.
Prendre les armes contre le Jihad, ce serait donc opposer à une sale guerre, celle de l’intégrisme, une guerre propre, salutaire ? Ne risque-t-elle pas d’être entachée d’intention néo-colonisatrice puisque venant de l’ancienne puissance coloniale ?
Et cette autre alternative, que les Nations Unies soient chargées d’aider le Mali à défendre son intégrité, n’était-ce pas la meilleure solution ? Etait-il donc si difficile à prévoir que les jihadistes ne s’arrêteraient pas à Tombouctou, ils l’avaient clairement annoncé ; alors n’était-il pas possible de susciter une réunion de l’ONU, il y a quelques mois, qui auraient pris toutes les dispositions pour empêcher ces intégristes aussi sanguinaires qu’illuminés de continuer à sévir ?
Mais en ce domaine, là-aussi, nous assistons à cet imbécile et complètement aveugle jeu des politiciens : on feint de ne rien voir, on pratique la politique de l’autruche, et au lieu de prévoir, d’anticiper, on commence à agir quand la situation devient critique pour ne pas dire impossible à régler !
Qu’on se rassure pourtant : les forces qui se mettent en œuvre sauront mater momentanément les jihadistes … mais ce ne sera pas au nom d’une civilisation humaniste, ni pour l’apparition d’une société de progrès, oh que non, hélas ! mais bien parce que des intérêts économiques (et capitalistes !) le commandent…
(1) C’est amusant ce que j’écris : car, à ma connaissance, le Saint-Esprit n’existe pas dans l’Islam !