Ce qui est affligeant chez cet homme politique c’est cet art qu’il a de se retrancher toujours derrière de fausses raisons.
J’ai été particulièrement frappé hier soir par sa prestation à l’émission des Paroles et des Actes. Et surtout par cet art proprement schizophrénique où selon que cela l’arrange, il revendique sa position de Président de la République, ou au contraire, il fait comme s’il ne l’avait jamais été… et ce pour défendre des positions soit complètement antidémocratiques soit pour justifier une politique néolibérale d’un extrémisme particulièrement néfaste pour les Français.
Expliquons-nous donc.
Il revendique sa position de Chef de l’Etat, quand pour justifier son échec (enfin selon lui son demi-succès du premier tour), il prétend qu’il n’a pas eu le traitement médiatique qu’il méritait et qu’il avait eu bien moins de temps que les autres candidats puisqu’il était parti en campagne électorale bien plus tard que les autres candidats qui pendant ce temps avaient profité de la bienveillance des médias ! Est-il possible de mentir à ce point ? A-t-il déjà oublié que dès le mois de Janvier, ses déplacements à raison de deux par semaine en province étaient largement commentés et faisaient l’objet de reportages dans les médias : et quelle hypocrisie que de prétendre qu’ils étaient le fait du Chef de l’Etat et non du candidat, car à de très nombreuses reprises lors de ces déplacements il n’a pas hésité à critiquer les candidats déjà affichés. Ne s’agissait-il pas d’une campagne à peine déguisée ? Sans oublier que chacun de ces déplacements étant en gros estimé (par les services financiers de l’Assemblée nationale !) à 140.000 euros, on voit combien Nicolas Sarkozy est redevable des impôts français pour sa campagne !
Comment dit-on privilège à l'Elysée ?
Mais sur les autres sujets, alors c’est un Sarkozy candidat qui se déchaîne contre … le Sarkosy président qu’il a été !
La hausse du chômage, c’est pourtant bien lui et la politique qu’il a menée pendant cinq ans qui en sont responsables !
La lutte contre l’insécurité, c’est quand même bien lui qui, avant d’avoir été élu Président de La République, en a fait sa priorité dès qu’il a été ministre de l’Intérieur !
Mais il y a plus grave derrière toutes ses déclarations : il veut reprendre comme éléments nouveaux des tas de dispositions déjà prises sous son propre quinquennat et qu’il a été incapable de mettre en œuvre ; la meilleure preuve nous est fournie par cette disposition sur la formation que devraient recevoir les chômeurs. Or elle existe depuis de nombreuses années déjà cette disposition, et malheur à ceux des chômeurs qui ne s’y plient pas, mais le hic c’est qu’à force de démanteler les services publics et en particulier Pôle Emploi, eh bien le gouvernement a été incapable de la faire appliquer. D’où cette trouvaille machiavélique faire comme si elle n’existait pas (puisque pas mise en pratique ou si peu !) et la présenter comme une idée neuve et novatrice. Mais qui pense-t-il tromper ?
Et il y a encore pire dans tous ces discours, c’est cette division qu’il est en train d’opérer entre les Français ; c’est insidieux, et insupportable.
Prenez par exemple les salaires et/ou rémunérations : il ne trouve pas choquant qu’il y en ait qui soient supérieures au SMIC de 20fois et plus, allant jusqu’à donner l’exemple de Bill Gates (fondateur de Microsoft) ou de Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook). Il sait pertinemment que ce sont des exceptions, et il devrait savoir, s’il avait la pratique du peuple, que ces exemples sont profondément choquants pour ceux qui connaissent à longueur de journées, de semaines et d’années, les affres de la misère parce que leur travail ne leur permet que de survivre. Mais au nom de quel principe, sauf celui purement économique et complètement immoral financier, peut-on prétendre que la valeur humaine d’un individu peut dépasser de 20 fois celle d’un autre individu ? Est-ce que l’air que nous respirons, le soleil dont nous jouissons, ne sont pas les mêmes pour tous ? Est-ce que la boite de petit-pois ou le steak haché ne sont pas les mêmes pour tous ? Et s’il y a des différences d’intelligence entre les individus, est-ce que cette seule différence peut justifier une telle démesure dans les salaires ? Que l’immense majorité croule sous les dettes et les soucis majeurs de simple survie, et une infime minorité sous des billets de banque et des tas d’actions ?
Division encore entre les Français et qui passe par l’opposition entre fonctionnaires et privé. Trop de fonctionnaires ? On a vu où mène la politique de démantèlement du service public entreprise sous son quinquennat : moins de policiers (eh oui, car eux aussi sont victimes de cette monstrueuse règle du non remplacement de un fonctionnaire sur deux partant à la retraite !), et donc plus d’insécurité (et les larmes qu’il verse notre tartuffe sur les difficultés des policiers ne sont qu’une insupportable hypocrisie !) ; moins d’infirmiers et de personnels de santé, moins de services sociaux, moins d’enseignants etc … Mais bien sûr qu’il a raison ce Sarkozy, un fonctionnaire ne rapporte pas de sous, n’est pas immédiatement productif pour les comptes de la nation … mais les vies sauvées, les actes d’insécurité diminuant, une meilleure formation initiale assurée, ne sont-ce pas là assurées des économies à terme et une meilleure rentabilité pour l’ensemble de la société ? C’est cela que devrait dire un candidat responsable, et qui irait dans le sens de la cohésion nationale …
Mais au lieu de cela, toujours diviser, et faire les yeux doux aux électeurs de Marine Le Pen, du Front national. Il ne s’agit pas d’attaquer l’électeur du Front national sur son adhésion à des thèses fascistes et anti-démocratiques (la peur de l’étranger ayant remplacé celle du communiste au couteau entre les dents), mais bien de lui montrer que ces thèses sont bien antidémocratiques, ce n’est pas le mot qui compte mais bien la réalité qu’ils recouvrent : être antidémocratique c’est accepter que la lutte pour la vie, que la rivalité entre chacun l’emportent sur la nécessité de vivre en commun.
Oui, vraiment, à entendre, comme je l’ai entendu, hier soir, notre président-candidat, j’ai vraiment désespéré, et ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qu’il trompe, comme le premier des charlatans !