Frédéric Pagès : Du pur amour et du saut à l’élastique
Histoire un peu rocambolesque, il faut bien l’avouer. Notre héros, Max, est un étudiant qui passe son temps à préparer l’agrégation de philosophie, mais qui vit de multiples expédients ; et entre autres trouver des jeunes femmes riches qui acceptent de passer quelque temps avec lui ! C’est ainsi qu’il se retrouve amant de Blandina, une mannequin aux jambes sublimes ; et lorsque, à cause de Julio Iglesias, cela se corse entre eux, (il y va un peu fort, et un coup de tête à la zidane sur la demoiselle !), il se réfugie dans un hôtel de haute montagne, apparemment abandonné. Là il sauve Bintou, une africaine en situation irrégulière, puis il fait la connaissance d’Aliénor, une jeune divorcée à la recherche de son moi ; et arrive tout un groupe d’étudiants qui, sous la houlette de quelques professeurs, entendent faire une fête mémorable de fin d’année … avec la présence d’une gendarmette complètement hors norme, adepte d’une mystique locale du 17e siècle.
Farfelue, certes, cette histoire, mais a tant et tant de mérites !
D’abord une construction, très simple, en petits chapitres, chacun d’entre eux étant précédé d’un exergue, citations de philosophes ou intellectuels, de Platon à Sartre, en passant par Kant, Nietzsche, Voltaire, Saint Augustin ou même La Guyon ; on appréciera ces citations qui donne si bien la tonalité du chapitre qui suit.
Mais par derrière toutes ces situations souvent invraisemblables, ou tout au moins peu communes, il y a toujours une réflexion, la principale portant bien sur l’amour. Viennent se greffer de fortes considérations sur la beauté, le sublime, mais aussi la santé, l’hygiène de vie, la place de la philosophie dans la société.
Pour mieux faire passer tous ces éléments de réflexion, un ton badin, une légèreté de style qui montre la personnalité et la qualité de Frédéric Pagès comme écrivain. Toutes qualités qu’on retrouve dans la création des personnages, car outre Max, des femmes aussi différentes que Blandina, Bintou ou Gertrude, la gendarmette, sont croquées avec tant de raffinement, chacune, que le lecteur ne peut que désirer en rencontrer un jour un exemplaire … eh oui, même Gertrude avec tout son aspect hors normes et si peu gendarme, n’en est que plus attachante !
La quatrième de couverture nous apprend que l’auteur est aussi journaliste au Canard Enchaîné ; sa tournure d’esprit n’étonne plus alors ; cette volonté de créer un autre ordre, ou plutôt de donner une dimension humaine à l’ordre, par exemple (ce que confirme le comportement de la gendarmette qui ferait bondir tous les Sarko et autres Guéant de la planète policière !). De même pour cette satire du monde artificiel des people et autres sociétés snobinardes ! De même pour cette volonté de réadapter un peu plus le monde des idées (en l’occurrence la philosophie) à la réalité quotidienne ! De même pour cette critique des Hautes Ecoles, et de l’emprise de la communication (complètement artificielle) et de l’arrivisme …
Bref, un roman plein de fraîcheur qu’on dévore d’une seule traite !
Fait-il seulement partie des romans de la rentrée ? Qu’à cela ne tienne, profitez-en bien !