Xavier Grall : Solo
Poèmes français traduits en Breton. C’est étrange, car Xavier Grall, sans doute l’une des personnalités intellectuelles bretonnes les plus fortes du 20e siècle, n’a jamais écrit en Breton … mais loin d’être une récupération aussi facile qu’incontestable, il s’agit bien plus, à mon sens, d’une réintégration indispensable à ce monde culturel dont il se réclamait. Certains opposants à l’identité bretonne pourront objecter qu’il est facile de se réclamer d’une culture si on n’en apprend pas la langue ; critique aussi superficielle que oiseuse, comme si apprendre une langue signifiait épouser la culture qu’elle véhicule ! Et rester étranger à la langue d’une culture qu’on vénère et avec laquelle on se sent étroitement lié est un acte éminemment poétique qui permet une approche beaucoup plus sensorielle et intuitive de cette même culture.
On ne comprend alors que mieux la poésie de Xavier Grall. Elle s’exprime totalement dans Solo par l’unique intermédiaire d’une sensualité à fleur de peau. Ce n’est pas pour son passé historique, ce n’est pas pour quelques-uns de ses grands hommes qu’il se sent Breton. Non, ses racines bretonnes il les retrouve naturellement dans l’univers marin, les marées, les varechs, les bateaux (qu’importe ce que pourront en dire de chevronnés marins !) ; il les retrouve dans l’évocation de cette musique unique, symbolisée par les bombardes (qu’importe ce qu’en pourront dire de très avisés musicologues !) ; il les retrouve aussi dans cette nature simple que la Bretagne lui offre quotidiennement, des myosotis à la bruyère ou aux genêts (qu’importe ce que pourront en dire d’éminents naturalistes !) ; il les retrouve encore dans ce rappel au passé, non pas celui contenu dans de trop sérieux livres d’histoire, mais bien dans celui que révèlent avec passion le cycle arthurien, Tristan est aussi présent, car il est aussi le symbole de tous ces amours, toutes celles que lui, le poète a pu nouer.
Il est aussi, ce poète, Breton parmi les Bretons, il a bourlingué un peu dans le monde (comme tant et tant de marins bretons qui ont sillonné toutes les mers du globe) ; comme beaucoup de Bretons, il a découvert ses racines grâce à cet Etat jacobin qui gère le territoire français … et la Guerre d’Algérie lui a fait retrouver ce qu’un Breton pouvait avoir de commun avec un Kabyle ou un Berbère opprimés par l’Etat Français ; et ce n’est pas céder à une critique facile ou démagogique que de le constater … comment ne pas penser aussi à ce qu’ont pu représenter pour nombre de petits bretons ces consignes dans les écoles « défense de cracher par terre et de parler breton » ?
Cette simplicité poétique qui amène directement à ces forces mystiques et religieuses ; étonnants ces appels à Dieu ? il est profondément croyant comme d’autres Bretons (qui n’ont pas sa notoriété) sont tout autant athées et tout autant attachants. On aimera ou non, selon ses propres convictions, mais on ne pourra que les apprécier comme force poétique.
Etait-ce bien ou non de traduire en Breton ces textes ? gagnent-ils en intensité et authenticité ? je ne saurais me prononcer. Xavier Grall les a pensés et écrits en Français, cela me suffit pour qu’après les avoir lus et appréciés mon estime pour ce grand écrivain s’en trouve encore renforcée.