Jean-Marie Gourio : Un café sur la lune
Voici un étonnant récit ! étonnant en tout cas pour moi, car il détonne complètement par rapport à ces nombreux romans que j’ai l’habitude de lire !
Qu’on en juge, rien que le titre déjà !
Un café sur la lune, même les ivrognes dans leur plus invétérée ivrognerie n’en ont pas rêvé, tant la chose semble impossible ! Et quel café, gigantesque, à la démesure même de l’auteur et de tout ce qu’il va tenter de nous raconter durant plus de trois cents pages !
Certes la lune a inspiré de nombreux écrivain, à commencer par notre national Cyrano de Bergerac et les a faits pénétrer un peu plus avant dans le monde fantastique. On est aussi dans la même veine, à cette seule différence que c’est l’homme qui va peupler la lune ; mais pas n’importe quels humains ! Ce sont tous ceux qui, à un titre ou à un autre, déboires sentimentaux, ou une justice à fuir, etc …, devaient retrouver une terre d’accueil ; la lune devient alors pour eux une planche de salut. Et tout un échantillon de cette société va se retrouver à l’inauguration de ce café dont on va tout le long du roman suivre les péripéties.
Roman loufoque, farfelu (et allez chercher dans votre Robert préféré tous les synonymes, il n’y en aura jamais assez pour qualifier ce roman !) dont on s’étonne à chaque page ou presque de l’invention, de la créativité de on auteur ! Bien évidemment tout ce qu’il imagine n’est pas forcément génial, ni même d’un excellent goût, mais que vous aimiez ou non, force vous est de reconnaître cette imagination complètement débridée qui anime notre auteur. Les passés terrestres des personnages relèvent très souvent d’un extraordinaire délire qui n’a que très peu à avoir avec la réalité que nous connaissons !
Ne cherchez aucune logique, seule la fantaisie (avec parfois et souvent même des liens tenus avec notre mesquine réalité terrestre : rappels de notre Histoire contemporaine !) compte et devient alors l’imprévisible fil conducteur de tout ce récit.
Fantaisie assurément, mais n’allez surtout pas croire que ce roman complètement extravagant soit dénué de toute construction ! Au contraire ! J’ai beaucoup admiré cette façon de procéder par petites touches ! Vous n’aurez aucun chapitre, seulement un nom, un fait, un détail etc … qui entraînera un autre évènement et amènera inéluctablement au double dénouement. C’est très simple, comme technique, la présentation des personnages, et eux-mêmes annonçant sans qu’on y prenne réellement garde la fin, mais c’est d’une redoutable efficacité, et, en dehors de quelques pages, où, manifestement, l’auteur prend plaisir à retarder l’échéance finale et où le lecteur relâche quelque peu son attention, le roman exerce une indéniable fascination.
Ultime recommandation quand même, ce roman est absolument à déconseiller à tous les esprits dont la seule religion possible est un cartésianisme pur et dur ! Ils seraient capables de défroquer ! Quant aux autres lecteurs dont vous faites surement partie, je suis sûr que vous prendrez autant que moi de plaisir à la lecture de ce roman.