Antoine Volodine : Bardo or not Bardo
J’espère que vous n’êtes pas aussi ignorant que moi, et que le mot Bardo signifie quelque chose pour vous… et pas forcément la même chose que pour moi, car dans mon inconscient le lisant j’ai un instant cru qu’il s’agissait du Bardot, musée tunisois bien connu !
Je n’avais jamais pensé qu’il y aurait un autre mot quasi identique et qui aurait une toute autre signification … comme nous sommes restreints avec nos petites œillères !
Alors le bardo ? L’équivalent du livre des morts des Egyptiens, mais… au Tibet.
J’avoue que j’ai été séduit par le fil conducteur de ce roman ; il faut dire que tout ce qui touche à la mort et en particulier au passage entre la vie terrestre et une hypothétique nouvelle existence a de quoi fasciner, tant il est vrai que dans nos pauvres petites têtes nous avons du mal à concevoir que nous ne sommes que néant et qu’une fois notre petit cœur nous ayant lâché, il ne nous reste d’autre solution que de retourner à ce néant que peuplent (si j’ose dire !) tous les défunts.
Une petite confession ?
La vie future, celle après la mort, ne pourrait me séduire qu’à une seule condition, c’est de rencontrer tous ces grands hommes (artistes, musiciens et autres écrivains qui m’ont enthousiasmé tout le long de mon existence !) un peu à la façon du fameux « Dialogue des morts » de Lucien, que notre professeur de grec, égaré dans notre monde contemporain, s’évertuait à nous faire traduire … il me faut bien laisser ces trop agréables souvenirs dont tu n’as, oh bienheureux lecteur, rien à faire.
Alors le Bardo ?
C’est donc un livre des morts qui permet aux initiés de passer de la vie terrestre à un état de Bouddha, en réussissant à vaincre toutes les embûches des sept premières semaines qui suivent l’arrêt cardiaque. Entre le mysticisme et le domaine de la science-fiction, l’auteur avait de quoi nous émerveiller ; et c’était très bien parti pour ; mais voilà, que lui a-t-il pris de ne pas se laisser totalement envahir et conduire par ce délire qui pouvait échapper à toute raison ! Et par quel impensable hasard a-t-il préféré choisir une voie toute aussi fallacieuse que celle des tous ces croyants qui s’imaginent dans une vie future ? et voilà son héros qui se réfugie dans une espèce de cartésianisme (oui, je sais, je fais une erreur fondamentale en mêlant Descartes et le Bouddhisme !), et qui refuse, allez savoir pourquoi de suivre les préceptes du Bardo, et donc de choisir une très hypothétique réincarnation dans un impossible animal, plutôt que celle qui le conduise au nirvana.
Certes, on peut penser que l’auteur fait preuve d’un total agnosticisme, et cela pourrait nous le rendre sympathique ; mais hélas… et j’avoue que l’entêtement de son héros à ne pas suivre les préceptes du bardo m’ont autant ennuyé que s’il les avait suivis. Est-ce donc à dire que, dès le départ, le schéma de ce roman ne pouvait qu’aboutir à ce résultat, et quelle que soit la direction qu’il ait prise.
Vexant, non ?
Car, à y réfléchir, cela serait une preuve supplémentaire que tout roman matérialiste est voué à l’échec, dans la mesure où il voudrait traiter de ce qui se passe après la mort… seule consolation, s’ils veulent être honnêtes, les croyants sont dans la même m … !!!
Quelles tristes réflexions et conclusions en cette période estivale, et comme elles rejoignent toutes celles très confuses qui m’ont envahi lorsque, il y a quelques semaines, j’ai assisté à la dispersion des cendres d’un mien beau-frère que j’aimais autant qu’un frère …