Une petite histoire, juste comme ça en passant, comme il doit en arriver des myriades chaque jour.
On se retrouve une groupe d’anciens condisciples, et on décide de se retrouver sur ces lieux de notre adolescence. C’est en Tunisie, qu’à cela ne tienne, deux amis se chargent de tout préparer : avions, hébergement et animations diverses toutes tournées sur des souvenirs de cette période. Pour se faciliter le travail ils prennent contact avec une agence de tourisme spécialisée aussi dans les voyages de groupe.
A une quinzaine du départ, chacun d’entre nous reçoit tous les documents et y compris ce qui semble être un billet d’avion … sauf qu’il est formulé tout en Anglais et que pour des illettrés comme moi, qui ont déjà bien du mal à parler correctement Français, c’est d’un charabia complètement indescriptible.
Alors, mi sérieux mi plaisantin, je décroche mon téléphone et prend contact avec cette agence, pour m’étonner d’une telle procédure et leur demander de me traduire ce billet … ce qui m’est refusé au prétexte que :
- Un, mon interlocutrice n’en a absolument pas le temps,
- Deux, que toutes les informations concernant le voyage sont données dans le livret d’accueil (ce qui n’est que partiellement vrai, car nulle mention de la place dans l’avion, ni des procédures de retour),
- Trois qu’il ne s’agit pas là d’un billet au sens propre d’un terme mais d’un etkt (mot barbare inventé par l’informatique) et que désormais par suite d’une uniformisation internationale appelée Amadeus, tout ce qui est vol international est écrit en … Anglais !
Admirable procédure !
Vous êtes citoyen français, vous faites appel à une agence française, vous vous rendez dans un pays dont les deux langues historiques sont l’arabe et le français … donc vous remplissez toutes les conditions pour ne pas parler anglais … mais qu’à cela ne tienne, on vous impose quand même cette langue.
Entendons-nous bien, il ne s’agit absolument pas de tirer à boulets rouges sur cette langue : il ne m’est jamais venu à l’idée, lorsque j’ai franchi les premières frontières anglaises, en me rendant à plusieurs reprises tant à jersey qu’à Guernesey, de protester contre le fait que les populations locales ne parlent pas Français ; c’était à moi de faire l’effort nécessaire de parler Anglais, ce que j’ai fait avec des cocasseries qui resteront gravées dans toutes les mémoires des personnes qui ont pu m’accompagner.
Le principe est pourtant tout ce qu’il y a de plus simple : quand vous partez à l’étranger, il faut se plier aux règles de ce pays et donc utiliser autant que faire se peut les idiomes dudit pays.
Mais là, je n’ai pu que m’insurger contre cette pratique dont je suis pour la première fois victime ; lors de deux précédents voyages à l’étranger (en Tunisie en septembre dernier et à Rome en février dernier), ayant directement pris mes billets d’avion via internet, je les avais eus tout en Français et c’était la même compagnie Tunis Air, en ce qi concerne la Tunisie.
Alors ?
Anecdotique, ou je ferai preuve d’un anachronisme, de position complètement rétrograde ou que sais-je encore ?
Il ne s’agit pas de remettre en cause la nécessité pour des échanges internationaux d’une langue de référence ; c’est une évidence que démontre par exemple la sécurité aérienne !
Mais qu’on veuille imposer cette même évidence dans des domaines où elle ne s’impose absolument pas et au détriment des langues locales, il y a là quelque de choquant qui mérite réflexion. Accepter un tel état de fait c’est renier aux langages des différents pays leur propre rôle de communication, c’est leur refuser peu à peu leur propre identité, et c’est surtout accepter qu’ils ne servent plus à rien et qu’ils doivent être rangés comme accessoires inutiles dans des placards qu’on n’ouvrira plus jamais. A y réfléchir de près c’est ce qu’on voulu faire tous les pouvoirs jacobins avec les langues dites minoritaires (souvenons-nous du « Défense de cracher par terre et de parler Breton » de la troisième République pour étouffer les aspirations des Bretons à parler leur langue et à conserver leur identité nationale !)
Et il faudrait qu’on accepte cela de la part de l’Anglais ? Mais à y réfléchir de plus près, est-ce bien cela que désirent les Anglais ? ou plutôt n’est ce pas le fait de tous ces technocrates qui désirent gouverner le monde ? Supprimer les identités nationales et les aspirations individuelles à les garder, n’est-ce pas uniformiser les individus ? les rendre tous semblables, des pions interchangeables, et donc avoir plus de prises sur eux, les asservir encore plus …
J’exagère ? Je vais trop loin dans ma démonstration ?
Qui sait ? On commence par des petites choses comme ce etkt qui remplace le billet d’avion, et après on continue par quoi ?
Allez, les paris sont ouverts ! En tout cas cet impérialisme linguistique qui ne veut pas dire son nom me choque profondément, car il n’y a pas de petites ou de grandes langues, toutes se valent en tant qu’indispensable véhicule de communication, et les conserver jusque dans un billet d’avion est un acte qui préserve la personne humaine.
A quand le jour où, aux guichets de la SNCF l’on vous délivrera des billets en anglais !