Aurélie Filippetti : Les derniers jours de la classe ouvrière
J’ignorais que notre actuelle ministre de la culture fût une romancière renommée ; et je ne l’aurais sans doute jamais su, si je n’en avais entendu l’éloge appuyé de Frédéric Mitterand.
J’ai donc recherché dans les rayonnages de ma médiathèque préférée une de ses œuvres ; et évidemment j’ai choisi celle dont le titre me semblait malgré son aspect quelque peu sulfureux, correspondre au profil de notre ministre.
Si je dis du bien de ce roman, on va me traiter de fayot, d’opportuniste ; si j’en écris du mal, on m’accablera de tous ces mots cruels, faux-frère, fine-bouche, social-traitre, et je ne sais quoi encore !
Pour faire plaisir à Fabius, je pourrais faire une critique en demi-teinte, style pt’être ben qu’oui, pt’être ben qu’non !!!
Le pire serait de ne rien dire alors que j’ai tellement envie d’en parler.
D’abord parce que cela me touche personnellement, enfin dans ce que j’aime ; ces travailleurs italiens exilés en France et qui ont fait la fortune des bassins houillers avec quelques autres réfugiés. On ne s’est jamais assez intéressé, du seul point de vue humain, à tous ces Italiens qui de la fin du 19e siècle au début du 20e et jusque dans la période mussolinienne, ont quitté leur terre natale qui n’arrivait pas à les faire vivre, et qui sont allés chercher un meilleur sort, de la vieille Europe jusque dans ces autres terres si lointaines d’Amérique du Sud.
Et en ce sens le roman d’Aurélie Filippetti ne fait que leur rendre justice, et de quelle façon !
Bon, d’accord avec vous, on se perd un peu dans tous ces allers et retours qu’elle fait et en changeant (trop ?) souvent de protagoniste ; on aurait tendance alors à confondre un peu les époques et les personnes ; ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit : ce n’est pas brouillon, mais d’un très grand foisonnement. Défaut de jeunesse (après tout au moment où elle a écrit ce roman, elle n’avait que 30 ans !) ? Ce serait vite dit, et trop facile, car cela n’expliquerait absolument pas toute cette « générosité » qu’elle met dans un style alerte, souvent bouillonnant, et pourtant incontestablement maîtrisé.
Oui ses personnages sont généreux ! Et c’est sans doute trop vite de dire qu’ils le sont parce qu’ils sont communistes. Il faut sans nul doute rechercher cette appartenance à cette solidarité qu’ils ont trouvée entre eux, des exilés, des victimes d’un ordre capitaliste naissant et impitoyable, et les ouvriers français victimes aussi de cette même emprise.
Même si on a tendance à se perdre un peu dans ces chronologies (avec une petite erreur, mettre les élections législatives e 1968 en automne, alors qu’elles ont eu lieu en Juin !), elles sont intéressantes parce qu’elles nous montrent aussi toute l’évolution des pensées politiques, et en particulier celle du Parti Communiste, et le désarroi qu’elle a pu engendrer auprès de militants sincères : un peu déboussolés par l’attitude des dirigeants soviétiques, se comportant comme des bourgeois, ou encore l’attitude du PCF face à l’intervention des soviétiques à Prague en 68 !
Comme elles sont dures ces pages où le militant, hospitalisé, en fin de vie, soit défiler toute sa vie et surtout toutes les illusions qu’il a pu avoir, et dont la seule justification qu’elles puissent avoir, c’est seulement de l’avoir fait agir en conscience !
Il y en a des pages poignantes, dans ce roman, celles où avec sobriété sont évoquées les morts tragiques d’ouvriers, tant dans les forges qu’au fond de la mine !
Mais comme elles sont rassurantes et encourageantes toutes ces autres pages où la solidarité entre familles se traduit par la culture de la vie collective et le sens de la fête commune.
Car derrière toutes ces histoires se cache aussi une réflexion profonde sur ce qui fonde culturellement un groupe collectif ! La reconduction des classes sociales par l’éducation (drôles et fines aussi ces pages sur une grande école – qu’il n’est même pas nécessaire de nommer !).
Décidément il me plaît bien ce roman, car, mine de rien, il reprend aussi toutes ces discussions qui ont pu alimenter la Gauche dans les années 71-80 ; avec y compris des cocasseries, la prise de position du PCF sur l’énergie nucléaire qui ne serait propre que si elle était … entièrement nationalisée !!!
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Que peut-on souhaiter alors à Aurélie Flippetti ? Qu’elle soit élue députée et donc conserve sa place de ministre de la culture … ou que redevenue simple citoyenne elle continue d’exploiter sa veine créatrice ? En attendant délectez-vous !