Les statistiques m'étonneront toujours ; si j'en crois le Guide du Routard sur Venise de cette année, en moyenne le touriste ne passe que trois jours à Venise ...
Non seulement je m'en étonne, mais je reste perplexe, comment en trois jours peut-on, non pas connaître, non, commencer tout simplement à s'imprégner de cette ville unique ? Je ne compte plus les voyages qui m'ont mené à Venise, cela n'a aucune importance, sauf que, chaque fois c'est la même chose : Venise me fascine tellement et me déroute tant qu'il me faut au moins 24 heures pour réaliser où je suis.
J'aime arriver à Venise par le train de nuit, celui qui part de Paris vers 20h ; arriver au matin, selon la saison, ce sera déjà complètement jour, ou au contraire vous aurez la chance de voir se lever le soleil sur la lagune, et c'est déjà ressentir toute l'emprise maritime qui subjugue à Venise ; et quand sur les marches de la gare (la si célèbre Stazione Santa Lucia), le Grand Canal s'offre à vous, vous aurez l'impression de plonger dans ce monde marin et tous ses sortilèges.
Bien sûr, et on ne le répètera jamais assez Venise n'est pas une ville ordinaire, mieux même c'est le prototype de l'anti-ville par excellence, ne serait-ce que par ce simple fait qu'en elle est bannie toute relation à l'automobile.
Bien sûr vous ne pouvez vous empêcher de faire comme tous les touristes, accomplir ce rituel, ce double parcours par la rive droite ou la rive gauche qui amène à la Place St Marc ; mais j'ai aussi ce faible, arpenter le grand canal dans l'un de ces innombrables vaporetto (vedette) qui assurent les lignes régulières de transports en public ; avec un peu de chance (en fait, il s'agit d'aller prendre ce vaporetto au terminus) et vous aurez une place de choix soit à l'avant soit à l'arrière ...
Vous laissez tomber tous ces préjugés de classe, tous vos jugement politiques plus ou moins marxisants ; ici, Venise - et c'est sans doute la seule ville à avoir ce privilège - est exempte de tous ces jugements basés sur la différenciation entre les classes sociales ; je n'ai pas envie de dire que telle ou telle famille n'a pu se faire construire tel ou tel palais que parce qu'elle été suffisamment puissante pour s'engraisser sur le dos d'autres vénitiens ! Non, et j'ai encore moins envie de me livrer à un jugement de valeur ; vraiment non, mon esprit refuse à se livrer à de telles considérations : elles gâcheraient tellement ce si rare plaisir que tous ces palais nous offrent ! L'heure est vraiment à la contemplation !
L'apothéose étant la fameuse trilogie : le Palais des Doges, La basilique Saint Marc et sa place

Comme d'habitude, le premier jour, je n'ouvre jamais mon guide ; à quoi bon se gaver tout de suite, de dates, de noms, d'anecdotes, et de toutes ces sortes de choses ? autant se laisser porter par cette beauté, se l'approprier, que vos pupilles en soient remplies jusqu'à satiété (si tant est que cela soit possible !). La seule réflexion que je m'autorise, c'est celle que me dictera ce verre de vin blanc local pris un peu plus tard : les hommes qui sont capables de produire un si bon vin ne peuvent que créer ce qu'il y a de plus beau.
Décidément, une journée n'est pas de trop pour commencer à sentir Venise ! et les trois semaines à venir ne seront pas de trop pour devenir un tant soit peu vénitien ...